I Matthieu Baumier 1

No meio da indiferença geral face à deriva “liberticida” das sociedades ocidentais nas últimas décadas e nos últimos anos, existem pensadores, escritores, intelectuais lúcidos que tentam lançar derradeiros alertas e apelos à mudança. O escritor e ensaísta francês Matthieu Baumier é autor da “Democracia Totalitária” e agora da “Viagem ao fundo das ruínas liberais-libertárias” ma qual chama a atenção para a sociedade atual, sem limites, sem baias, sem referências, sem valores que não sejam o dinheiro em bruto e um suposto progresso social e económico que beneficia cada vez menos pessoas, que exclui cada vez mais pessoas. 

http://www.lefigaro.fr/vox/culture/2019/01/25/31006-20190125ARTFIG00236-l-ideologie-liberale-libertaire-est-le-dernier-avatar-de-la-religion-du-progres.php

«L'idéologie libérale-libertaire est le dernier avatar de la religion du Progrès»

Par  Alexandre Devecchio

Mis à jour le 25/01/2019     

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Avec «Voyage au bout des ruines libérales-libertaires», l'écrivain Matthieu Baumier analyse les raisons idéologiques des maux de l'époque. Il voit dans le libéralisme économique et le primat du désir individuel les deux faces, gauche et droite, d'une même idéologie vouée selon lui à l'échec.

Matthieu Baumier est écrivain et essayiste, et collabore régulièrement à plusieurs revues. Il a notamment publié La démocratie totalitaire. Penser la modernité post-démocratique (Presses de la Renaissance/Plon, 2007). Voyage au bout des ruines libérales libertaires (Pierre-Guillaume de Roux éditeur) vient de paraître.


FIGAROVOX.- Votre livre s'intitule «Voyage au bout des ruines libérales-libertaires». Comment définissez-vous l'idéologie «libérale-libertaire»?

Matthieu Baumier.- Le terme «idéologie» peut désigner un ensemble d'idées plus ou moins organisées ou acceptées, susceptibles d'orienter les comportements des individus. Si l'on s'en tient à cette définition, l'idéologie libérale-libertaire est à l'évidence l'idéologie de notre temps, celle qui structure notre société. Pour Jean-Claude Michéa, c'est la rencontre entre la pensée économique libérale et ce qu'il nomme la pensée libertaire, en référence au primat du désir individuel qui s'est imposé. L'analyse me semble juste. Ce primat de l'individu est le point commun entre le social-libéralisme, ce que nous appelons habituellement la «gauche», et le libéralisme-social, ce que nous appelons en général la «droite». Pour moi, ce sont les deux faces d'une même idéologie. Il n'y a pas de différence fondamentale entre ces prétendues droite et gauche. Les promoteurs de l'idéologie libérale-libertaire exercent le pouvoir depuis 40 ans, en rejetant aux extrêmes qui pense autrement qu'eux. 2017 n'est pas la victoire d'une nouvelle manière de faire de la politique mais la poursuite du même pouvoir idéologique libéral-libertaire par d'autres moyens. Cette idéologie est de de mon point de vue encore plus ample: c'est une véritable foi en l'illimité et la certitude qu'il n'y aurait qu'un chemin unique. Elle est ainsi le dernier avatar de la religion du Progrès. Je parle évidemment du progrès en tant qu'idéologie, selon laquelle nous marcherions vers un monde meilleur sous réserve de prendre avec volontarisme le chemin en main, ou en marche, et non des progrès que connaît toute société.

Cette idéologie a-t-elle paradoxalement dévoyé l'idéal de liberté, au point de présenter une dérive totalitaire?

Plutôt totalisante: c'est la pensée dominante dans le monde politique, intellectuel, culturel et médiatique. L'idéal de liberté du libéralisme est en effet dévoyé, un peu comme si les idées libérales étaient devenues folles. Comme toute idée politique, le libéralisme est multiforme, il peut tendre vers différents devenirs. Une forme de libéralisme s'est radicalisée pour devenir oligarchique. Une minorité d'individus, à l'échelle planétaire, ayant tous la même vision du monde, détient l'essentiel des rênes du pouvoir et œuvre à instituer ce mode de fonctionnement à l'échelle globale, en s'appuyant sur l'industrie du bonheur, sur «l'happycratie». Ce modèle libéral-oligarchique est producteur de ruines, en général, et de sa propre ruine en particulier. La folie de la répartition des richesses et du pouvoir en un nombre toujours plus restreint d'individus confine à la maladie mentale: comment amasser toujours plus dans un monde dont les ressources sont naturellement limitées?

Dans votre introduction, vous rendez hommage à Guy Debord, Martin Heidegger, Jean Baudrillard et Georges Bernanos. Que représente chacun de ces penseurs pour vous? En quoi nous aident-ils à comprendre notre époque?

Il me semble intéressant de nourrir son propre travail intellectuel par la mise en confrontation, et donc la lecture, voir la méditation, des conceptions du monde de penseurs très divers. Debord, Heidegger, Baudrillard et Bernanos ont cependant un point commun: leurs œuvres pensent en avance, et parfois annoncent, le monde dans lequel nous sommes entrés. Chacun d'eux montre, à sa manière, comment une image virtuelle du monde s'impose à nous, prétendant être la réalité, et le rôle que joue la technoscience dans ce processus. Simulacre, robots, arraisonnement, spectacle… Peu importe le concept, ces quatre penseurs ont pensé ce qui advient maintenant: une déréalisation du réel quotidien.

Les ruines libérales-libertaires, ce sont notamment les banlieues françaises désintégrées. Vous avez grandi à Bagneux, dans la ceinture rouge de Paris. Comment en est-on arrivé à la sécession de ces quartiers?

Dans mon essai, j'appuie l'analyse intellectuelle de ce que nous vivons par des récits d'événements tirés de l'actualité quotidienne. C'est un moyen de montrer comment une idéologie se traduit concrètement dans nos existences. De la banlieue de mon enfance, j'ai le souvenir d'un espace encadré, par le Parti communiste évidemment. Mais aussi, et je ne suis pas le seul, d'un espace où nous vivions réellement ensemble, contrairement à l'illusion actuelle du «vivre ensemble». Ce qui a changé? La sécession des banlieues a de nombreuses causes. La perte de l'autorité, et même la négation que l'autorité est une nécessité. Que penser de familles où une mère n'a pas autorité sur son adolescent parce qu'il est un garçon? La massification de l'immigration. Que penser du fait que 40 % des jeunes issus de l'immigration sont chômeurs ou du fait que 14 % des femmes accouchant dans le 93 sont excisées? Le développement de l'islam et sa prétention à contester l'habitus originel, et la collaboration d'une partie des «élites» politiques, culturelles et médiatiques qui ont favorisé le désamour voir la détestation de la France sur fond de repentance historique généralisée. La mainmise de l'industrie du désir et de l'objet technique sur nos vies quotidiennes. La transformation de certains mots en gros mots, «identité», «droite», «instruction», «autorité», «policier», «professeur», «catholicisme»…

En son début, le mouvement des «gilets jaunes» a eu certaines caractéristiques d'un mouvement populiste: la spontanéité, la demande de démocratie directe, la multiplicité des revendications très concrètes. C'est aussi un mouvement populaire, une jacquerie au fond, contre les «élites mondialisées». Quand la démocratie n'est plus que l'ombre d'elle-même, mise sous tutelle, que l'on pense à la frayeur qui saisit toute personnalité politique libérale-libertaire à la simple évocation du mot référendum, alors cela ne peut que générer des éruptions populaires. Le pouvoir dominant considère le peuple comme un groupe d'enfants auquel il suffirait d'indiquer ce qui va être fait. Manque de chance, c'est un peuple, charnellement enraciné! Ce mouvement est plus qu'une réaction: c'est un symptôme montrant que la démocratie libérale est malade. Les réactions par contre avaient déjà eu lieu avant, lors du référendum de 2005, de La Manif Pour Tous ou encore de plusieurs mouvements sociaux récents.

Que répondez-vous à ceux qui voient dans la montée des populismes un danger pour la démocratie?

Qui voit un danger dans l'éveil des peuples? Sinon ceux qui ont un intérêt clair à ce que les peuples ne s'éveillent pas!

Comment reconstruire sur les ruines libérales-libertaires?

Aucun monde réel n'est sans limites, c'est pourquoi le concept qui doit être pensé est celui de la Limite, à toutes les échelles. Vous me permettrez d'en profiter pour rendre hommage à la revue d'écologie intégrale, Limite. Au fond, il n'est de monde que limité, borné, au sens où les romains l'entendaient, eux qui fixaient dans la géographie un limes séparant leur monde, la civilisation, de celui des autres, la barbarie. D'au-delà de la Limite venait la barbarie. Il en va de même aujourd'hui: si nous ne sacralisons pas de nouveau un certain nombre de choses, en particulier ce qui touche au vivant, aux racines, à l'éducation ou à la souveraineté, non pas au sens religieux du sacré mais à celui de ce qui est plus important que chacun de nous, de ce qui a la primauté sur nos individualités, alors la Limite, et par suite toutes les limites, sont vite franchies. Au-delà, c'est la barbarie. Limite ou barbarie, en somme. C'est précisément ce que nous vivons. Face à ce moment, la question qui doit être posée est celle de ce que nous voulons conserver, non pas en un sens passéiste. Au sens d'un futur en héritage, de ce que nous voulons retrouver afin de le transmettre. La situation de violence que connaît la France, unique à l'échelle des pays riches, tient à mon avis, en grande partie, à l'absence d'un véritable courant conservateur dans le paysage politique. La table rase permanente et le mouvement perpétuel ne bâtissent rien de charnellement ancré.